La Lettre de Printemps 2025
Publié le 15 Mai 2025
Le hêtre à deux jambes
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Quand arrivent les premiers jours d’avril l’attente est à son comble ! Au jardin, les massifs ont pris des couleurs et les premiers oiseaux migrateurs ont pris possession de leurs espaces sonores. En forêt, le ressenti est contrasté entre les silhouettes hivernales des arbres et l’explosion de la vie végétale au bord des chemins et au revers des talus. Le mot n’est pas trop fort. Stimulées par l’allongement de la durée du jour et le radoucissement des températures, les espèces à
floraison vernale explosent littéralement en tapis colorés. Etoiles d’or des ficaires, massifs compacts des pervenches piquetés de bleu, chemins ourlés des étoiles blanches des anémones des bois, hampes lumineuses des euphorbes des bois, tapis verts de l’ail des ours en cours de gestation
...
Dans la clairière de Bléron, stoïque la chapelle attend ses visiteurs. Les permanences du dimanche après-midi ne devraient plus tarder à reprendre. Tout au long du sentier qui descend vers la mare, le sous-bois montre les stigmates des coups de vent qui ont harcelé la forêt durant l’hiver. Le sol est jonché de bois mort et de branches cassées. A mi-chemin, un hêtre de belle taille gît en travers du sentier. Déraciné par une rafale plus puissante que les autres, il s’est affalé sur des perches de taille plus modeste qui, pour le moment, le retiennent dans cette position, couché à 45 degrés. La motte arrachée, minuscule comparée à la hauteur de l’arbre et dressée perpendiculairement au sol, expose les racines dénudées d’un arbre qui aurait pu devenir un géant et être prodigue en faînes nourrissantes pour la faune sauvage. La silhouette actuelle est bien celle d’un géant, enterré jusqu’à la ceinture, les jambes tendues
vers le ciel !
Depuis longtemps, je connaissais cet arbre en pleine croissance à l’écorce moussue et aimais lui rendre visite. Il avait la particularité d’être à deux jambes parallèles et presque parfaitement rectilignes. Une conformation à mettre sans doute en relation avec un
« accident » de jeunesse à l’origine de la section de la jeune tige il y a de ça plusieurs dizaines d’années. Une autre raison me le rendait sympathique : en se positionnant d’une certaine façon, en hiver seulement lorsqu’il n’y a plus de feuilles aux arbres, il était possible d’encadrer la chapelle de Bléron entre ses deux jambes. C’est toujours le cas aujourd’hui, pas pour très longtemps car le poids de l’arbre déraciné et les rafales de vent à venir finiront par le faire tomber au sol. Pour cette raison, si vous passez par-là, surtout par grand vent, mieux vaut faire le tour du géant terrassé que passer dessous ! Maigre consolation, la situation actuelle du hêtre à deux jambes fournit l’opportunité de réaliser quelques clichés originaux. Une façon de prolonger sa vie dans la mémoire des hommes.
Jean-Paul Thévenin, secrétaire
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